Marilia Baker, une passeuse de mémoire
On croise quelqu’un, on échange quelques mots, parfois quelques rires, et voilà qu’un ancrage se forme, que quelque chose demeure. Une présence. Une façon de vous regarder. Une bienveillance qui ne demande rien et qui, simplement, vous fait du bien.
Marilia Baker était de ces personnes-là.
Il y a des personnes qui écrivent des livres, et puis il y a celles qui, en écrivant, prennent soin de la mémoire des autres.
Marilia Baker était de celles-là.
Avec Hommage à Elizabeth Moore Erickson, elle a accompli quelque chose de particulièrement précieux : elle a permis qu’une femme longtemps demeurée dans l’ombre de son illustre mari retrouve sa propre lumière.
Elizabeth Moore Erickson n’était pas simplement « la femme de Milton Erickson ». Elle fut une présence essentielle dans sa vie, dans son œuvre et dans cette maison de Phoenix devenue, pour plusieurs générations d’hypnothérapeutes, un véritable lieu de transmission. En choisissant de lui rendre hommage, Marilia Baker a posé un regard attentif sur ce qui se trouve souvent derrière les grandes figures : les présences discrètes, les soutiens silencieux, les gestes quotidiens et les êtres sans lesquels une œuvre n’aurait peut-être jamais pu prendre sa forme.
C’est sans doute là que réside la beauté particulière de son travail.
Marilia Baker nous rappelle que transmettre, ce n’est pas seulement accumuler des connaissances. C’est aussi ne pas laisser disparaître les personnes qui ont rendu ces connaissances possibles.
Aujourd’hui, c’est à mon tour de lui rendre hommage.
Avec sa disparition, c’est une voix de cette mémoire qui s’éteint. Mais les passeurs ont cette étrange et belle particularité : leur travail continue après eux. Ce qu’ils ont recueilli, aimé, écrit et transmis demeure entre les mains de ceux qui viennent après.
Je la voyais comme une sorte de dame-sagesse. Une femme dont la présence portait quelque chose de tranquille, de profond. Elle regardait les autres avec bienveillance, elle encourageait toujours, elle donnait confiance sans jamais avoir besoin de vous dire que vous aviez raison.
Avec Hommage à Elizabeth Moore Erickson, Marilia avait d’ailleurs fait quelque chose qui lui ressemblait. Elle avait choisi de faire entendre une voix, de redonner une place et de préserver une mémoire. Elle avait compris que les grandes histoires sont aussi faites de présences discrètes, de liens, d’affection et de fidélité.
Aujourd’hui, c’est à notre tour de prendre soin de sa mémoire. Merci pour tout, Marilia.
Jean-Claude Lavaud
